Bains russes, plaisants rituels

Bains russes

Passer quelques jours à Moscou est l’occasion de s’initier aux bains russes. Le lieu le plus connu est Sandouni, un véritable palace, super mais avec des prix en conséquence (compter à partir de 4000 roubles l’heure pour la version privée).

Nous avons préféré nous rendre à Vorontsov, dans le sud-est de la ville, à la recherche d’une expérience normale, comme les locaux peuvent en vivre au quotidien. Là aussi, vous avez les bains hommes et les bains femmes, et de l’autre côté du bâtiment, les saunas privés, à partir de deux personnes.

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Voici donc le sauna numéro 1. Comme un love hôtel, on y trouve une chambre à la lumière tamisée (façon glauque plus que romantique) avec un énorme écran plat. Ceux qui le veulent rajoutent des draps sur le sommier à fleurs.

Dans le salon en carrelage beige, un canapé rouge dans lequel s’affaler, surmonté par une peinture réaliste et pleine d’emphase de chevaux au galop, crinière au vent. Ajoutez une douche, et le fameux sauna.

Quand on va au banya, on commande déjà des victuailles: vodka glacée et quelques légumes sont parmi les favoris. Parfois en pickles, parfois frais, comme ici, coupés en bâtonnets, et à tremper dans une tartinade au fromage bleu.

Ensuite, la base des bains russes, c’est l’alternance : sauna, pause apéro, douche glacée, sauna, pause apéro, douche glacée. Car le sauna est un sport basé sur le contrôle. Prenez votre vodka cul sec et voici les vertiges garantis. Même sans alcool, c’est un combat contre soi même, où il ne s’agit pas de pousser ses limites mais de simplement les connaitre.

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Pour fréquenter régulièrement une salle de sport avec sauna, voici le schéma classique: 99% des habitués voient donc le sauna comme un extra, pas comme une activité principale. Ceux qui y vont, en grande majorité des hommes, arrosent les pierres avec de grands volumes d’eau, dès que nous passons la porte (effet paon car une femme rentre ou manque de culture sauna en Belgique?). Là, c’est l’asphyxie, les fiers se transforment en bêtes chétives, et deux minutes après, ils ont déguerpi. Le sauna est à nous, victoire haut la main, et sans effort.

Pour éviter ceci, mieux vaut donc y aller doucement pour la première session de dix minutes quitte à ne pas trouver le sauna assez chaud. Au bout de 4-5 minutes, on se rend tout de même compte que l’on commence à transpirer. A partir de dix minutes, une douche tiède ou froide est parfaite pour se remettre les idées en place. Ensuite, on peut y aller crescendo. A la session suivante, on y va petite louche par petite louche. Ce qui est difficile, ce n’est pas de résister à une chaleur intense trente secondes, c’est de tenir en longueur.

Et c’est là que la magie se produit. A un moment, on oublie de penser. On transpire. C’est une montagne russe émotionnelle: tiens, je n’ai pas si chaud, je bavarde, je m’agite. Paf, retour de baton, la température est oppressante, vais-je résister? Légère angoisse. Obligation: apprendre à respirer. Inspirer, expirer, écouter son souffle. Ah, ça va mieux, je peux rechuchoter. Non, c’est reparti, combien de temps vais-je tenir? Allez, je compte jusqu’à dix et je sors prendre une douche.

Un, deux, trois, quatre, dehors.

Se donner des défis pour espérer les tenir, et les arrêter car c’est le bon moment. Faire des choix justes. Ne pas tenter le diable.

Sentir son corps et son esprit se dissocier. S’entendre penser qu’il faut être cinglé pour ouvrir l’eau glacée, pendant que la main gauche tourne le robinet. Les sautillements et les petits cris, puis ce sentiment de bien être.

Vient la pause, ce moment génial où l’on se retrouve en tenue d’Eve, un verre de vodka dans une main, des morceaux de céleri dans l’autre. Parfois, c’est à se demander si on a besoin de plus pour être épanoui. Oui, la plénitude peut donc se vivre dans le sauna soviétique numéro 1, sous un tableau équestre lyrique et argenté.

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Ensuite, le rituel recommence. Sauna. Cette fois ci avec une gerbe de chêne à la main. Les branchages et feuillages sont laissés dans une bassine pleine d’eau pour s’assouplir. Ensuite, on se fouette avec pour activer la circulation sanguine. Des claquements souples et revivifiants, que l’on peut réaliser plus toniques si l’on veut le même effet que des bains à remous assez puissants. Cela peut faire mal, mais en relaxant les muscles, en vidant la tête. En bonus, l’odeur de sous-bois embaume la pièce. Pour se rafraîchir, il est également judicieux de plonger sa tête dans les feuilles, et d’inspirer par les narines, les délicieuses effluves débouchant les sinus.

C’est à ce moment là que l’on perd toute envie de parler, que l’on se met à apprécier le silence, la simple chaleur, ces corps qui ne sont ni à scruter ni à juger, mais qui nous aident à tenir sous cette température intense, nos meilleurs alliés.

Après deux heures, on ressort requinqué. Dans une douce torpeur si l’on n’a pas mangé ni bu, avec une belle énergie, saine et pas nerveuse, si les grignotages étaient de la partie.

Voici donc pourquoi les bains russes sont un véritable art de vivre par ici.

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