Hermitage Amsterdam, la galerie de portraits

Hermitage Amsterdam, la galerie de portraits

L’Hermitage Amsterdam présente l’exposition “Gallery of the Golden Age” qui entend mettre en valeur les monumentaux portraits de groupe du 17ème et 18ème siècle. Elle plaira aussi bien aux amateurs de peinture classique qu’aux curieux qui souhaitent en savoir plus sur la création de l’identité néerlandaise.

En effet, il s’agit ici de l’histoire d’une ville, et à travers elle, de la mise en place des traits caractéristiques des hollandais. Nous nous plongeons donc dans ces immenses toiles où chaque guilde est représentée, où les notables et marchands posent, l’air fier et assuré.

Déjà à cette époque, c’est le groupe qui était primordial, pas les individualités. Uniforme de rigueur, tous les membres de la même toile sont identiques. Ici voici de longs manteaux noirs en laine épaisse, là, la collerette se porte la tête haute et s’associe à des chasubles pourpres. Les personnalités représentées pourraient être jumeaux tant ils suivent les mêmes codes. On ne déborde pas, la mise en scène est millimétrée mais la hiérarchie se niche dans les détails, celui qui a le pistolet à la main signifie sa supériorité sociale.

Nicolaes Eliasz Pickenoy - The osteology lesson of Dr. Sebastiaen Egbertsz

Nicolaes Eliasz Pickenoy – The osteology lesson of Dr. Sebastiaen Egbertsz

Il est passionnant de mettre cela en parallèle avec la culture néerlandaise contemporaine, qui continue à respirer le protestantisme. Comme dit l’expression populaire, “comporte toi normalement, c’est déjà assez fou”. Voici donc l’héritage reçu de cette époque.

La mise en scène des pouvoirs est évidement toujours d’actualité. Il ne s’agit pas d’être mais de faire voir. La scène a beau avoir eu lieu, s’il n’y a pas de preuve, elle n’est pas. C’est la représentation de l’entre-soi via un portrait de groupe (ou l’immortalisation du moment avec un Instagram à X milliers de followers, pourrait-on dire en 2015) qui fait que l’on appartient à l’élite,

On apprend également beaucoup sur la création du capitalisme et la morale en vigueur. Les néerlandais sont connus pour leur pragmatisme, et déjà à l’époque, c’est lui qui dictait les règles. Dieu est tout puissant, certes, mais le commerce l’est encore plus et il justifie tout, de la colonisation et l’esclavage à la charité.

Ainsi, les notables bâtissent des hospices, orphelinats et autres foyers, et ne manquent pas de reverser une partie de leurs deniers aux bonnes œuvres. Ce n’est pas tant la pauvreté qui gêne, mais sa possible conséquence néfaste sur le business. Le vol et la misère sont mauvais pour la paix, donc pour les affaires.
La cerise sur le gâteau étant la possibilité de s’acheter une image de mécène à grand cœur à peu de frais, en faisant peindre ces visites où les notables se mélangent à la plèbe. La communication avant l’heure…

The distribution of bread in the almshouse

The distribution of bread in the almshouse

Bien que fonctionnant en classes distinctes, la société néerlandaise de l’époque a su créer un sentiment de consensus assez surprenant. Via cette galerie de portraits, on assiste à la naissance du polder-model qui vise à fédérer via des compromis larges assurant une stabilité, et qui est le fruit de l’alliance entre religion et capital.

Et c’est là que le retournement de situation se produit:

En fusionnant une éthique calviniste assez proche de la Loi de Jante des pays scandinaves (et ses préceptes tels que “tu ne dois pas croire que tu es spécial” ou “tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit”) et le fameux pragmatisme local qui souhaite éviter les crises à tout prix, on assiste à une pirouette radicale.

Voila une société qui cherchera à se développer autour de bases égalitaires, où chacun se permet d’exprimer ses opinions avec franchise, et sans se soucier des hiérarchies.

Ainsi se conclut cette exposition où les peintures les plus fines se mettent au service d’une meilleure compréhension de la naissance d’une identité.

Ecrire une Réponse