Matjiesfontein, le lieu dit troublant

Matjiesfontein

A mi distance entre les villes de la route des vins et le Grand Karoo, Matjiesfontein est une halte totalement surannée, figée dans le temps. On oscille entre fascination, amusement et malaise tant le lieu est représentatif des amples disparités entre classes.

Moins qu’une bourgade, Matjiesfontein consiste en fait en un arrêt de train et un grand hôtel, le Lord Milner. Les quelques bâtiments anciens sont également propriété du complexe. D’un côté, voici l’esthétique de l’opulence coloniale anglophone: maisons blanches et spacieuses, décoration à la victorienne. Là, un pub en bois laqué, têtes d’animaux empaillés aux murs. Les fauteuils et rideaux sont en tartan écossais. On y déguste des plats simples type club sandwich et fish & chips. Un piano ancien trône, accompagné de ses paroles de chansons traditionnelles. Un groupe de motards afrikaners s’y donne à cœur joie chantant à tue tête et on se sent soudainement loin, très loin de l’Europe. Un mélange de Far West et d’Easy Rider.

Le personnel est habillé à l’ancienne, avec des petits bonnets blancs en dentelle sur la tête, comme les domestiques d’une ère heureusement révolue. « Sure, madam » « Madam would like some more tea » « Thanks madam« . Cet anachronisme peut s’apparenter à un voyage au siècle dernier avec tout ce que cela a d’instructif. Sauf que toute la clientèle est blanche, tous les employés sont colored. C’est là que la reconstitution historique commence à avoir un arrière goût douteux. Et si les propriétaires pensaient sincèrement que cela est normal, si tout cela n’était pas une ville musée mais une idéologie encore bien vivante?

Dans la rue principale, la richesse, rien ne dépasse. De l’autre côté de la voie de chemins de fer, des townships. La main d’oeuvre bon marché qui vient s’affubler de costumes de la période de l’apartheid pour gagner sa vie.

Un petit musée, le Marie Rowden exhibe toute une collection d’objets de la vie quotidienne du 19ème. Il se focalise sur les nantis et non sur les classes populaires. Menus des trains de luxe, services en porcelaine, déguisements pour enfants. Là, des assiettes qui donnent la nausée. Des scènes de colonisation. Les Français qui débarquent à Madagascar. Des conversations entre des soldats se voulant, à l’époque, ‘humoristiques’ et qui vous font un nœud à l’estomac en les lisant. Blagues racistes, mépris de la population noire, une compilation qui rappelle malheureusement qu’il n’y a pas qu’en Afrique du Sud que les colonisateurs ont fait des ravages.

Voici donc l’oscillation à propos de Matjiesfontein. Lieu culturel ou hommage au conservatisme rétrograde passé? Le doute subsiste mais quand l’on sait que Lord Milner est en partie responsable de la seconde guerre Boer, ardent défenseur de ‘la supériorité des britanniques‘, garder un hôtel à son nom est pour le moins étonnant.

Ceci étant, la halte est passionnante pour toutes les questions qu’elle soulève et permet de mieux appréhender l’histoire et les défis de l’Afrique du Sud.

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