Sergiev Posad

Le monastère de Sergiev Posad se trouve à 1h30 en train de Moscou. Pour s’y rendre, il faut d’abord aller à la gare de Yaroslavl, et prendre le premier billet terminus Alexandrov. Après des jours à marcher au coeur de la chic Moscou, entre voitures de sport et classe gentrifiée émergente (niveau de dépaysement proche de zéro), on se sent enfin en Russie. Trognes plus fermées, vendeurs à la sauvette, du bruit, du monde, la vie reprend son cours.

Et ça ne fait que commencer. Dans ce train de banlieue, on essaie de vendre du fil dentaire à la cantonade. Entre deux stations, au loin, un peintre, seul, avec ses couleurs et sa toile, à contempler un lac gelé.

Puis, voici la destination finale. Des barres et des tours, des mini bus sur la place principale. Le retour du survêtement Adidas. Les fichus qui couvrent les têtes des grand-mères. A l’horizon, le monastère, relique quasi surréaliste dans une ville en pleine transformation. L’autoroute passe devant. Si vous cherchez l’isolement, passez votre tour. Si vous aimez les situations pleines de surprises et improbables, continuez sur ces chaussées éclatées, où la neige se transforme en gadoue.
Le monastère est, bien sûr, rempli de pèlerins embrassant les icônes ou remplissant des bouteilles d’eau bénite. Un calme règne, un sentiment de bulle coupée du reste du monde.

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Pour un délire nouveau riche russe, le Russkiy Dvorik Hotel, juste en face du monastère, est un summum du kitsch confortable. Intérieur façon datcha au restaurant, et chambres à thèmes. La Tchekhov a donc ses livres, son portrait. Les codes de la bourgeoisie traditionnelle sont là, entre rideaux à fanfreluches, papiers peints imprimés ou gramophones. Sauf qu’ici tout sent le neuf, le plastique peint plus que la patine du temps.

Au diner, voici du traditionnel russe plutôt bien troussé entre bœuf stroganoff crémeux et poulet Kiev très 60’s – un blanc de poulet garni de beurre aux herbes, passé dans la panure et frit.

Les soupes ont la bonne dose de fadeur soviétique (ne me dites pas que ça vous rebute, vous adorez sûrement l’épure japonaise, c’est la même chose). Le bouillon au bœuf et cornichons retape comme il faut, tandis que la soupe froide au kvas est surprenante et très bonne: lamelles de concombre et de radis, bouillon au kvas, donc pétillant, avec un léger goût de levure de boulanger, aneth. On sent la cuisine de nécessité qui s’est peu à peu transformée en cuisine familiale.

Au niveau de la décoration, c’est aussi extravagant que l’hôtel. Après de longues périodes de privation, on peut comprendre qu’une partie des russes ait envie de cette démesure. Après tout, quand nous sommes au régime pendant trois jours, nous n’avons qu’une envie, c’est de se régaler de fromage / chocolat / pâtes (rayer mention inutile). Voici donc les conséquences d’années de restriction: tableaux sociaux-réalistes, rideaux épais pourpres, chandeliers démesurés, fauteuils matelassés, lustre à pampilles, tout y est.

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