Sibérie: un diner comme dans le Grand Est

Sibérie: un diner comme dans le Grand Est

Le restaurant Expedition (Pevcheskiy per., 6, Moscou) est spécialisé dans les plats nordiques et de Sibérie. Nous craignions un lieu bling – les guides précisent qu’un véritable hélicoptère est installé dans la salle à manger-, mais la diversité des produits proposés nous a poussé à aller y jeter un œil.

Grand bien nous en a pris, car le restaurant est vraiment très bon. Pas donné pour les standards locaux – compter au moins 2500 roubles soit 35 euros par personne, mais quand on peut goûter de l’élan ou du kvas au raifort, cela en vaut la peine.

Nous seulement les ingrédients proposés sont tout bonnement introuvables chez nous, mais en plus, ils sont bien préparés. Contrairement à tous les autres restaurants, qui ont tendance à ne pas beaucoup assaisonner leurs plats, ici, tout est bien relevé, épicé. Pour faire un parallèle, disons que l’intensité des saveurs est plus proche de l’extravagance américaine que du zen asiatique.

On attaque avec une tartinade au raifort et à l’ail, de quoi flinguer l’haleine d’entrée de jeu, mais peu importe, ça met en bouche. Les pains sont noirs, et se dégustent avec un beurre salé au carvi.

La valse des plats arrive ensuite: Pelmenis (les raviolis locaux) garnis à l’élan haché, avec de la crème épaisse. La viande se défait à la fourchette et a la consistance du bœuf dans le pot au feu. Le goût est cependant plus corsé, presque un peu boisé, à mi chemin entre une viande rouge et un gibier.

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Là, le muksun (un poisson blanc… de Sibérie), légèrement fumé, garde de la fermeté en bouche, mais sans être dur. Avec ces petites pommes de terre presque sucrées, la verdeur de l’aneth, et à nouveau du raifort poivré, on se régale. C’est un joli apéro tout simple – des bons produits bien associés et basta – qui nous inspire.

Voici des lactaires surmontés d’oignon marinés. Les oignons sont doux, grâce à la saumure, tandis que les champignons sont vraiment costauds. Ils ont une texture entre le cœur d’artichaut et le beurre pommade, et paraissent doux et légèrement vinaigrés au début. Puis, crescendo, une grande vague d’umami dans les papilles, un effet roquefort corsé. On comprend l’effet de l’oignon, qui vient rafraîchir tout cela. Toute la puissance animale dans un plat vegan.

Les soupes de Sibérie valent également le détour. Là, l’Ukha, spécialité du lac Baikal. Dans un bouillon au poisson, quelques morceaux de poisson blanc poché, du foie de morue, et on y ajoute de l’oignon cru. A côté, une vodka au raifort, à siroter entre chaque bouchée.

Quant à l’Ulukitkan, c’est plutôt une crème épaisse au renne qu’une soupe classique. Ultra riche, elle est agréablement contrastée par des baies à la fois tranchantes et un poil amères. A côté, voici le toast au coeur de renne, meilleur que nos apriori le laisseraient penser. Saveur de boudin, mais texture beaucoup plus ferme.

Quitte à nous lancer à l’aventure, au lieu de terminer par un dessert, voici un jus de choucroute, qui goûte donc les baies de genièvre, et est sensé être anti gueule de bois. Pour une première fois, on a trouvé ça assez bon, sans pouvoir en boire des litres, mais on comprend vite que c’est un goût acquis qui peut faire des adeptes.

Au moment de l’addition, nous recevons des petits chewing gums à la résine de pin. Comme le disait justement notre serveuse « vous verrez, ça a mauvais goût mais c’est bon pour la santé ». Ou comment clôturer la soirée en adorant la franchise russe.

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