Vente aux enchères chez Christie’s

Vente aux enchères chez Christie’s

Assister à une vente aux enchères chez Christie’s est la meilleure manière de plonger dans un monde de rites codifiés. Pour qui aime observer et essayer de comprendre ses semblables, ces deux heures sont riches en sens.

Le commissaire priseur est sur son estrade, costume impeccablement coupé, pochette en soie et flegme anglais; A côté, l’assistante note les enchères. Sur le mur à l’opposé, un grand écran affiche les enchères sur internet ainsi que celles dans la salle. L’entrée est libre et chacun va à sa guise.

Deux longs pupitres entourent le commissaire. Derrière eux, les équipes de la maison, en contact direct avec des clients par téléphone. Tout le temps en ligne mais impeccables, leur discrétion surprend. Dix personnes bavardant en simultané; la main délicatement posée devant leur bouche et le combiné. Un vague murmure émane.

Sur le mur, les images des lots défilent avec les enchères affichées en livres, dollars, euros, roubles, hong kong dollars. Cela pourrait former une nation unique, celle des élites hyper connectées entre elles mais totalement déconnectées de la vie réelle de leurs propres pays.

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Celles qui peuvent entrer dans la pièce l’air de rien, faire une enchère de 80 000 pounds en trente secondes, remporter le prix, et partir sur la pointe des pieds comme s’il s’agissait  d’avoir commandé un café au bistrot du coin. Pas d’enthousiasme démesuré, tout est sous contrôle, comme si cela n’avait rien d’exceptionnel. Malgré les sommes surprenantes pour le commun des mortels, il règne ici un sentiment de douce normalité..

La majorité des acheteurs le fait pour le compte de clients. Ils parient avec l’argent des autres dans la limite des accords formalisés entre les deux parties. Désormais, ce sont des investissements comme des autres, et pas nécessairement des coups de cœur, d’où la prolifération des intermédiaires, des conseillers là pour rassurer sur les meilleurs performances possibles ou les choix les plus sûrs. L’art a perdu une partie de sa beauté magique en route; devant un produit financier presque comme les autres. Il conserve cependant une aura plus large, fournissant avec lui une image de mécène, une caution culturelle supplémentaire.

Le commissaire priseur appelle ses collègues par leurs prénoms. Les acheteurs potentiels se sont inscrits au préalable, sont allés voir les toiles en vrai. Il connaît d’avance l’identité des intéressés de chaque lot, sait qui chercher du regard pour chaque enchère. Sait quel conseille alpaguer avec humour pour l’inciter à entrer dans la danse. Les palettes ne se lèvent pas, chacun a son geste, son signe distinctif pour dire que oui; c’est possible pour 2 000 ou 5 000 pounds supplémentaires. Emma, cardigan beige, robe noir et talon haut; hochera le menton. Si l’enchère est uniquement entre deux acheteurs, ils ne se regardent pas mais fixe le maître de la vente. Fred, costume de dandy, cravate fine et cheveux ébouriffés clignera des yeux de manière plus instante pour notifier son accord de l’enchère. Un bref mouvement avec la paume de la main à l’horizontale et c’est terminé. Sergueï, en ligne avec ce que l’on imagine être une partie de l’oligarchie russe, a un costume plus classique; marron clair semblant sorti des années 80. Ses clients sont longs à faire leur choix, il fait parfois monter la pression en laissant patienter le commissaire quelques secondes de plus que nécessaire.

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Dans ce monde, 5 secondes peuvent paraître une éternité .Si une enchère devient difficile entre deux mécènes voulant un Rubens, un demi silence ronronnant s’abat sur la salle qui retient son souffle. Le commissaire est aux aguets, relance, fait monter d’autant plus la pression. Au moment de la délivrance, pourtant, pas d’extase mais un retour à la normale; comme ci tout cela n’avait jamais eu lieu. 

Observer ce monde de l’art en action est sans conteste une activité palpitante quand il s’agit de se régaler de la mise en scène des codes sociaux.

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